jeudi 3 décembre 2015

Sortir des ténèbres BLOG07 - Ceux qui sautent

Ceux qui sautent
Qu'arrive-t-il lorsqu'une personne survit au saut à partir du Pont du Golden Gate ?


Au cours de l'été 1985, Ken Baldwin décida de se suicider. Il souffrait de dépression depuis son adolescence jusqu'à ce jour ou à l'âge de 28 ans, le stress et le manque de sommeil lié à sa condition de jeune père ne faisait qu'empirer son état. Il avait des voix dans sa tête qui lui disait qu'il avait échoué dans sa vie, qu'il était un gâchis et il était convaincu que sa femme et son jeune enfant seraient bien plus heureux sans lui. Il avait déjà essayé de se suicider avant cet épisode en faisant une overdose d'antidouleurs mais cette fois il était déterminé à réussir. Il dit à sa femme qu'il rentrerait tard du travail et conduisit à trois heures de chez lui sur le pont du Golden Gate à San Francisco.


Le pont du Golden Gate est le lieu le plus populaire aux États-Unis pour se suicider, peut-être même le plus populaire dans le monde. Depuis son ouverture il y a 75 ans, au moins 1.300 personnes s'y sont suicidées, ce qui fait une moyenne d'environ 20 personnes par année. Pratiquement une personne tous les 16 jours. Le pont est particulièrement populaire en raison de son emplacement magnifique et romantique mais aussi parce que c'est un moyen de mourir qui garantit l'absence d'échec. Tous ceux qui sautent ont environ 98 % de chances de réussir ce qui en fait un pourcentage bien plus élevé que par la pendaison, l'overdose ou l'arme à feu. Le pont mesure 67 mètres de haut et, après une chute de 4 secondes, celui qui saute atteint l'eau avec une vitesse de 120 km/h qui est d'une force équivalente à un camion qui rentre dans un mur.


À dix heures du matin, Ken Baldwin marcha calmement sur le pont et sauta directement par-dessus la balustrade. Au moment même où son bras lâcha prise, il comprit qu'il venait de faire une erreur. En dépit de toutes ces années à contempler le suicide, il savait finalement qu'il ne voulait pas mourir. Il décrivit que « tout ce à quoi je pensais était  : Mais qu'est-ce que je suis en train de faire ? C'est la pire chose que je puisse faire dans ma vie. Je pensais à ma femme et à ma fille. Je ne voulais pas mourir. Je voulais vivre. » Il se souvient d'avoir réalisé que « tout ce qui dans ma vie qui me semblait impossible à réparer l'était en réalité totalement, mis à part le fait d'avoir sauté. »


Heureusement, Ken tomba les pieds les premiers, ce qui est le seul moyen de survivre à la chute. Les os du fémur écrasé dans les jambes peuvent parfois protéger les organes vitaux du corps lors de l'impact de la chute. C'est avec les images en tête de sa femme et de sa fille ainsi que le cœur plein de regret que Ken s'évanouit. Il revint à lui quelques minutes plus tard sur le pont d'un bateau de sauvetage avec les gardes-côtes lui demandant « Savez-vous ce que vous venez de faire ? Avez-vous l'intention de recommencer ? »


Même à ce moment-là, il savait qu'il n'essayerait plus de se suicider. Allongé dans le bateau, il se sentait parfaitement heureux d'être en vie et d'avoir une nouvelle chance. Toutefois, pendant de nombreuses heures, il ne fut pas clair si cette seconde chance se matérialiserait. Bien qu'il n'eut aucun os cassé, il avait de sérieuse contusion aux poumons et il passa la nuit en soin intensif avec seulement 50 % de chance de survivre.


Lorsqu'il se rétablit, Ken sentit à l'égard de sa vie une immense gratitude qui ne le quitta jamais depuis. Comme il le décrit lui-même : « Avant, je ne souhaitais pas aller mieux. J’étais consumé par ma dépression. Mais après le saut, cela à changé parce que maintenant je souhaitais vivre. La plupart des personnes ont seulement une vie qui va de l'école à l'université, du mariage au travail et aux enfants. J'ai deux vies, l'une avant le saut, l'autre après. Je suis pratiquement une personne complètement différente maintenant. Je sais maintenant à quel point je suis chanceux d'être en vie. Je peux avoir une journée minable à l'école (Ken est aujourd'hui un enseignant de lycée), mais j'ai toujours ma vie. »


En d'autres mots, la tentative de suicide de Ken Baldwin a entraîné un changement psychologique et même une transformation spirituelle. Et son histoire est loin d'être exceptionnelle. En 1975, alors que seulement 10 personnes étaient connues pour avoir survécu à la chute depuis le pont (aujourd'hui le nombre est 26), le psychologue David Rosen les a cherché et a interviewé 7 d'entre eux. Il découvrit que tous eurent une expérience spirituelle pendant ou après leurs sauts. Ils firent l'expérience d'un sentiment de paix et de calme intense, une perception à un « pouvoir plus élevé » et une relation à tous les êtres humains ou à l'univers comme tout faisant partie d'une seule et même chose. Et cet état ne n'est par la suite jamais disparu. Bien que dans certains cas, ce fut un grand nombre d'années après leur saut, ils ont tous conservé ce sentiment de sens et de bien-être. En d'autres mots, ils ont vécu une transformation spirituelle permanente. La plupart de ceux qui sautent s'évanouissent au contact avec l'eau, mais deux personne interviewé sont restés consciente et ont eu une profonde expérience spirituelle à ce moment-là. Comme l'un d'entre eux le décrit :


« Lorsque j'entrais dans l'eau, je sentis comme une impression de vide et de compression, comme si une énergie déplaçait l'énergie de la surface de l'eau. En premier, tout devenait noir, puis marron gris, puis lumineux. Cela ouvrit mon esprit, comme un éveil. C'était très reposant. Quand je revins au-dessus de l'eau, je réalisais que j'étais en vie. Je me sentis renaître. Je me déplaçais dans l'eau en chantant, j'étais heureux car il s'agissait d'un événement joyeux. Cela confirma ma croyance qu'il y avait un monde spirituel plus élevé. Je fis l'expérience de la transcendance et à ce moment je me sentis rempli d'un espoir et d'un sens nouveau du fait d'être en vie. »


Voici comment l'homme dit à Rosen comment, depuis son saut, il a été extrêmement conscient de l'aspect précieux de la vie et de la beauté dans le monde :


« C'est au-delà de la compréhension des personnes. J'apprécie le miracle de la vie, comme simplement regarder une mouche voler, tout à plus de sens quand vous avez failli tout perdre. J'ai fait l'expérience d'un sentiment d'unité avec toutes les choses et de renouveau à l'égard de toutes les personnes. Après ma renaissance psychologique, j'ai aussi ressenti la douleur de chacun. »


Un grand nombre de survivant on mentionné leur aptitude à être empathique avec les autres personnes. Ils pouvaient ressentir la douleur des autres et avait le désir de les aider. Peut-être cela nous dit quelque chose à propos de la nature de la dépression. Les personnes déprimé son souvent submergé par elles-mêmes, elles sont tellement préoccupées par leurs propres problèmes qu'elles ne peuvent pas se connecter à d'autres personnes. La recherche a montré par exemple que les personnes qui souffrent de la dépression sont moins amené à répondre aux demandes d'aide ou de charité. Mais pour ceux qui sautent, le brouillard de leur submersion dans le soi fut dissipé par le choc et l'émerveillement de leur survit. Ils devinrent capables d'aller au-delà de leurs propres egos. Un de ceux qui ont sauté a dit à Rosen qu'il avait cassé les vieux réflexes et qu'il pouvait maintenant sentir l'existence des autres. Un autre lui a dit qu'il aimait maintenant Dieu et qu'il voulait faire des choses pour les autres.


Certains des survivants ont interprété leurs expériences avec des termes religieux. Une personne a dit à Rosen qu'avant de sauter il était agnostique mais à la suite de cet événement « je devins complètement chrétien, je crois en Dieu et en Jésus-Christ. C'est un chemin qui continue, ma croissance et ma renaissance se fait à travers ma souffrance. » Un autre survivant utilisa aussi la terminologie religieuse mais d'une manière plus mystique, en disant que depuis son saut il sentait qu'il y avait un « Dieu bienveillant au paradis qui imprégnait toutes les choses dans l'univers » et que tous les êtres humains sont « membres de la divinité, l'humanité dieu. »


Ceux qui ont sauté ont reçu un sursis. Approcher si près de la mort les as éveillé à la merveille et la beauté du monde que la négativité de leurs pensées et leurs émotions les avaient séparé. Ils réalisèrent que jusqu'à ce moment, ils avaient considéré la vie comme un acquis. En s'éveillant à sa véritable valeur, ils ne la virent plus comme étant acquise. Malheureusement la véritable tragédie est bien sûr que des milliers d'autres personnes n'ont jamais eu cette seconde chance. Cette chance de pouvoir corriger l'erreur gigantesque qui est de sauter du pont.

Publié le 29 Septembre 2011 par Steve Taylor et traduit le 03 Décembre 2015 par Michaël Seyne