Pourquoi
le temps semble-t-il aller à des allures différentes ?
Est-ce
que le temps accélère vraiment quand nous vieillissons ?
J'ai
six ans, dans la voiture avec mes parents et mon frère, nous
rentrons de vacances annuelles de deux semaines à Conwy dans le Nord
du pays de galles. Il fait nuit et le voyage semble durer un temps
fou. Je reste allongé dans le siège arrière à regarder les
lumières orange des lampadaires et des maisons qui passent et je me
demande si l'on va jamais arriver à la maison.
« Est-ce
qu'on est bientôt arrivé ? » Je demande à mon
père.
« Ne dis pas n'importe quoi. » Dit-il. « Nous ne sommes partis que depuis 30 minutes. »
« Ne dis pas n'importe quoi. » Dit-il. « Nous ne sommes partis que depuis 30 minutes. »
Ma
mère joue à quelques jeux avec nous pour nous aider à faire passer
le temps plus vite. Nous écoutons la radio un moment et je m'endors.
Quand je me réveille il me semble que j'ai été dans la voiture
pendant une éternité et je n'arrive pas à croire que nous ne
sommes toujours pas à la maison.
Le
voyage de Conwy à Manchester nous prenait deux heures quand j'étais
enfant et prends encore aujourd'hui à peu près deux heures. (bien
que légèrement moins en raison de l'amélioration des routes). J'ai
encore fait ce voyage il y a quelques années et je n'arrivais pas à
croire à partir de ma perspective adulte à quel point il était
court. Ces deux heures, qui semblaient durer une éternité lorsque
j'avais six ans n'étaient rien. Ma petite amie conduisait et nous
parlions, écoutions des cassettes, regardions les campagnes
galloises qui s'étendaient jusqu'à la frénésie urbaine du
nord-ouest de l'Angleterre, et nous étions de retour à Manchester
avant que je puisse m'en rendre compte. C'était un peu effrayant,
qu'est-ce qu'il s'est passé pendant ce temps que contenaient deux
heures alors que j'avais six ans ?
Cette
histoire semble concorder avec l'expérience de la plupart des
personnes. Un grand nombre d'entre nous sentent que le temps se
déplace très lentement quand nous sommes enfants et que
graduellement il accélère alors que nous grandissons. Nous avons
tous remarqué cela, comment Noël semble venir plus rapidement
chaque année, comment nous commençons à nous habituer à écrire
la date de l'année sur nos chèques et que nous réalisons qu'elle
est presque terminée. Comment nos enfants sont en train de terminer
l'école alors qu'il ne semble pas si long le temps où nous leur
changions les couches. Ainsi de suite.
Des
questionnaires de psychologues ont montré que presque tout le monde,
dont des étudiants d'université, sentent que le temps passe plus
vite aujourd'hui en comparaison au temps où ils avaient la moitié
ou le quart de l'âge qu'ils ont aujourd'hui. Et ce que montrent un
certain nombre d'expériences qui est peut-être plus frappant est
que lorsque l'on demande aux personnes les plus âgées de deviner la
durée d'un intervalle de temps, ou de « reproduire » cette
longueur de période de temps, ils devinent une quantité plus courte
que les personnes plus jeunes.
Nous
commençons généralement à devenir conscient de cette accélération
vers la fin de nos années vingt, quand la plupart d'entre nous
commençons à nous « installer ». Lorsque nous avons des
emplois réguliers, que nous nous marrions et avons un domicile, nos
vies deviennent alors des habitudes quotidiennes au travail, dans les
transports, dans nos repas et en regardant la télévision. La
routine hebdomadaire comme par exemple aller à la gym le lundi soir,
au cinéma le mercredi soir ou aller boire un coup avec des amis le
vendredi soir, etc. Et dans la routine annuelle avec les
anniversaires, les vacances d'été et les fêtes. Après quelques
années, nous commençons à réaliser que le temps que nous mettons
pour aller le long de toutes ces habitudes décroît comme si nous
étions sur une plaque tournante dont la vitesse accélérait à
chaque tour.
Cette
accélération est probablement responsable du phénomène que les
psychologues appels 'le télescopage en aval', notre tendance à
penser à des événements qui sont passé il y a plus longtemps que
nous le pensons. Les mariages, les morts et les naissances, quand
nous regardons en arrière à ces événements ayant des
significations particulières, nous sommes souvent surpris de voir
qu'ils sont arrivé il y a si longtemps, choqué de découvrir que
cela fait déjà quatre ans qu'un ami est mort alors que nous
pensions que cela ne fait que deux ou trois ans, ou qu'une nièce a
déjà dix ans alors qu'il ne semble y avoir que quelques années
qu'il est né.
Les
théories proportionnelles
et biologiques
Alors
pourquoi faisons-nous l'expérience de l'accélération du temps ?
Une
réponse populaire est la théorie « proportionnelle »,
qui suggère que le facteur important est que alors que vous
vieillissait, chaque période de temps constitue une fraction plus
courte de votre vie dans son entier. Cette théorie semble avoir été
mis en avant pour la première fois par Paul Janet en 1877 qui a
suggéré la loi que William James a décrite comme « L'apparente
longueur d'un intervalle moment donné de la vie d'un homme est
proportionnel à la longueur de sa vie elle-même. Un enfant de 10
ans ressent une année comme 1 dixième de sa vie entière, un homme
de 50 ans à l'impression d'avoir 1 cinquantième de sa vie, la vie
complète semblant en apparence garder une longueur constante. »
À
l'âge d'un mois, une semaine est le quart de notre vie complète,
alors il est inévitable que cela semble durer longtemps. À l'âge
de 14 ans, une année constitue environ 7 % de votre vie, alors
il semble que chaque année soit un grand moment. Mais à l'âge de
30 ans, une semaine est seulement un petit pourcentage de votre vie
et à 50, une année est seulement 2 % de votre vie, si bien que
votre sentiment subjectif est qu'il y a une quantité de temps
insignifiante qui passe très rapidement.
Il
y a une certaine logique à cette théorie, elle offre une
explication pourquoi le temps semble augmenter graduellement et cela
avec une constance quasiment mathématique. Il y a toutefois un
problème, c'est qu'essayer d'expliquer le temps présent seulement
en terme de temps passé. L'hypothèse derrière cela est que nous
expérimentons continuellement nos vies comme un tout et percevons
chaque jour, semaine, mois ou année devenant toujours plus
significatif en relation à la totalité. Mais nous ne vivons pas nos
vies comme ça. Nous vivons avec des périodes de temps bien plus
petites, d'heure en heure, de jour en jour, ayant affaire à chaque
période de temps pour elles-même, indépendamment de ce qui s'est
passé avant.
Il
y a aussi les théories biologiques. L'une d'entre elles est que
l'accélération du temps est liée à la façon dont notre
métabolisme ralenti graduellement tandis que nous vieillissons.
Comme le cœur des enfants bat plus vite que le nôtre, parce qu'ils
respirent plus rapidement et que leur sang circule plus vite, etc.
L'horloge de leurs corps couvre plus de temps durant 24 heures que
les nôtres lorsque nous sommes adultes.
Les
enfants vivent plus de temps simplement parce qu'ils se déplacent
dans le temps plus rapidement. Pensez à une horloge qui est réglée
pour aller 25 % plus vite que le temps normal. Après 12 heures
de temps normal, cette horloge aura 15 heures, après 24 heures de
temps normal, cette horloge en aura 30, ce qui signifie que du point
de vue de cette horloge, un jour contient plus d'heure que ce que
nous avons l'habitude. D'un autre point de vue, les vieilles
personnes sont comme des horloges qui avanceraient plus lentement que
la normale, si bien qu'ils restent en arrière dans le temps et n'ont
pas encore 24 heures lorsque les horloges normales les ont atteintes.
Aussi,
d'un point de vue biologique, il y a la théorie de la « température
du corps ». Dans les années 30, le psychologue Hudson Hoagland
a conduit une série d'expériences qui ont montré que la
température du corps causait différentes perceptions du temps. Une
fois, alors que sa femme était malade, qu'elle avait la fièvre et
qu'il veillait prêt d'elle, il remarquait qu'elle se plaignait qu'il
était absent pendant une longue période même lorsqu'il était
absent pour une courte période. Avec un détachement scientifique
admirable, Hoagland testa sa perception du temps à différentes
températures et découvrit que plus élevée était la température,
plus le temps semblait passer lentement pour elle, et le plus long
elle faisait l'expérience de chaque période de temps.
Hoagland
a suivi plusieurs expériences presque sadiques avec ses étudiants,
qui impliquer de leur faire subir des températures supérieures à
65 degrés en portant des casques chauffant. Cela montra que lorsque
l'on élève la température du corps d'une personne, on peut aussi
ralentir son impression du passage du temps jusqu'à 20 %. Et le
point important ici est peut-être que les enfants ont une
température du corps plus importante que les adultes, qui peut
signifier que le temps est « étendu » pour eux. D'une
manière similaire, la température de notre corps devient
graduellement plus bas.
Toutefois,
selon moi, la meilleure façon d'expliquer cette accélération du
temps est ce par ce que j'appelle « la théorie perceptuelle ».
La
perception explique pourquoi le temps semble aller plus vite en
vieillissant
Dans
mon article précédent, j'ai examiné la question de savoir pourquoi
il apparaît que le temps accélère lorsque l'on devient plus vieux
et j'ai examiné deux théories différentes pour pouvoir
l'expliquer, la théorie biologique et la théorie proportionnelle.
Toutefois, selon moi, l'accélération du temps dont nous faisons
l'expérience est principalement lié à notre perception du monde
autour de nous et de nos expériences, et comment cette perception
change tandis que nous vieillissons.
La
vitesse du temps semble être largement déterminé par la façon
dont notre esprit absorbe et traite l'information. Plus il y a
d'information, plus le temps ralenti. Cette relation a été vérifiée
par le psychologue Robert Ornstein dans les années 60. Dans une
série d'expériences, Ornstein a fait écouter des cassettes à des
volontaires avec une grande variété de sons comme par exemple des
cliquetis et des bruits ménagers. À la fin il leur demandait
d'estimer la durée de ce qu'ils avaient écouté sur
l'enregistrement et il découvrit que lorsqu'il y avait plus
d'informations sur la cassette (s'il y avait le double du nombre de
cliquetis), les volontaires estimaient la période de temps comme
étant plus longue. Il découvrit que cela s'appliquait aussi à la
complexité de l'information. Quand on leur demandait d'examiner
différents dessins et des peintures, les participants qui avaient
les images les plus complexes estimaient avoir la période de temps
la plus longue.
Et
si l'information ralentie le temps, peut-être que l'une des raisons
pourquoi le temps ralenti pour les enfants est en raison de la
quantité massive d' « information perceptive » qu'ils
reçoivent du monde autour d'eux. Les jeunes enfants semblent vivre
dans un monde complètement différent que celui des adultes, un
monde plus intense, plus réel, plus fascinant et plus beau. C'est
une des raisons pour lesquels nous appelons souvent l'enfance comme
un temps béni, parce qu'à ce moment-là, le monde était pour nous
un lieu bien plus excitant et bien plus beau, toutes nos expériences
étaient intenses. Une perception intensifiée chez les enfants
signifie qu'ils sont constamment en train de prendre un grand nombre
de détails auxquels les adultes ne font pas attention, les petites
craquelures autour d'une fenêtre, les petits insectes qui rampent
sur le sol, les motifs créés par la lumière du soleil sur le
tapis, etc. Et même les choses sur une plus grande échelle, que
nous, adultes, voyons aussi bien semble être bien plus réels pour
eux, plus brillantes avec plus de présence et d'intensité. Toutes
ces informations élargissent le temps pour les enfants.
En
vieillissant, nous perdons cette intensité de perception et le monde
devient un lieu morne et familier, si morne et familier que nous n'y
faisons plus attention. Après tout, pourquoi feriez-vous attention
aux immeubles et aux rues que vous traversez pour aller au travail ?
Vous les avez vus un bon millier de fois auparavant et ils ne sont ni
beaux ni fascinants, ils sont justes… ordinaires. Comme le dit
Wordsworth dans un poème fameux « Intimations
of Immortality », la vision de
l'enfance qui permet à toutes les choses d'être « revêtus de
la lumière céleste » commence « à se faner à la
lumière des jours communs ». Et c'est pourquoi le temps
s'accélère pour nous. Alors que nous devenons adultes, nous
commençons à nous « débrancher » de la merveille et de
la présence du monde, graduellement nous arrêtons d'être attentif
et conscient à nos alentour et expériences. En résultat nous
prenons moins d'informations et le temps passe plus vite. Le temps
est moins « étiré » par l'information.
Vieille
et nouvelle expérience
Une
fois que nous devenons adultes, il y a un processus de
« familiarisation » progressive qui continue tout au long
de notre vie. Le plus longtemps nous vivons, le plus familier le
monde devient, si bien que la quantité d'informations perceptuelles
que nous absorbons décroît chaque année et le temps semble passer
plus vite chaque année.
Il
y a deux raisons principales pourquoi cela arrive. D'une part, tandis
que nous vieillissons il y a progressivement moins de nouveautés
dans nos vies. D'une année à une autre, nous usons graduellement la
réserve de nouvelles expériences disponible pour nous. Et
deuxièmement, en vieillissant, toutes les expériences que nous
avons eues deviennent pour nous familière. Non seulement nous avons
moins de nouvelles expériences mais les expériences avec lesquels
nous sommes déjà familiers deviennent progressivement moins réel.
William James écrit « chaque année qui passe, les expériences
passées deviennent des habitudes automatiques. » De la même
façon que nous faisons l'expérience d'un grand nombre de nouvelles
choses, une femme de 20 ans est toujours « fraîche » au
monde phénoménal qui l'entoure, mais durant les 20 prochaines
années, elle regardera les mêmes rues et le même ciel et les mêmes
arbres des milliers de fois, si bien que leur réalité va petit à
petit s'effacer.
Par
le même effet, ce lien entre le temps et l'information peut
expliquer d'autres aspects du temps. Une des « lois » du
temps psychologique que j'ai détaillé dans mon livre « Faire
le temps » est que le « temps semble ralentir quand nous
sommes exposés à de nouveaux environnements et expériences. »
C'est à cause de notre non-familiarité avec ces nouvelles
expériences qui nous permettent de recueillir plus d'informations.
Une autre loi est que le « temps va plus rapidement en état
d'absorption ». La raison en est que durant un état
d'absorption, notre attention est réduite à un point en particulier
et nous bloquons l'information de nos alentour. Au même moment il y
a très peu « d'informations cognitives » dans notre
esprit puisque la concentration a calmé la « discussion
mentale » normale de l'esprit. D'un autre côté, le temps va
plus lentement en état d’ennui et d'inconfort parce que dans ces
situations, notre attention n'est pas occupée et une quantité
massive de « discussion mentale » circule dans notre
esprit amenant une quantité énorme d'information cognitive.
Le
temps ne doit pas nécessairement accélérer alors que nous
vieillissons. À un certain degré, cela dépend de la façon dont
nous vivons nos vies et comment nous nous relions à nos expériences.
Je parlerais de cela dans mes prochains articles.
Article
publié par Steve Taylor le 07 Juillet 2007 et traduit le 06
Septembre 2015
Source : https://www.psychologytoday.com/blog/out-the-darkness/201107/why-does-time-seem-pass-different-speeds
Source : https://www.psychologytoday.com/blog/out-the-darkness/201107/why-does-time-seem-pass-different-speeds